Publication en Biologie Marine - Equipe Ecophysiologie et Ecologie


De gauche à droite : Le Dr Leila Ezzat (Chercheur Post-Doctorante, University of California, Santa Barbara), le Dr Christine Ferrier-Pagès (Directeur de Recherche, CSM) et le Dr Renaud Grover (Chargé de Recherche, CSM) © A. Dias Mota (CSM)

Le bonheur des coraux passe par des algues suffisamment bien nourries

Contrairement à l’homme, les coraux tropicaux peuvent se nourrir de deux manières différentes, ce qui leur est fondamental pour se développer et survivre dans des environnements où les substances nutritives sont disponibles en très faible quantité. Tout d’abord, comme l'homme, l’animal peut se nourrir par prédation, en prélèvant du zooplancton dans l’environnement récifal, c’est-à-dire des petits crustacés et larves qui nagent autour de lui, mais il peut aussi se nourrir grace à des algues microscopiques qu’il héberge au sein de ses propres cellules. Ces algues sont capables d’absorber les sels nutritifs dissous (i.e. azote et phosphore) généralement produits par les poissons, via leur excrétion, et les transformer en sucres et protéines redistribués par la suite à l’animal pour ses propres besoins nutritionnels. Comme pour les plantes un équilibre dans l’apport en sels nutritifs dissous est requis. Or, le réchauffement climatique et la pollution des océans entraînent des modifications majeures de la disponibilité en sels nutritifs dans l’eau de mer. En effet, les pollutions urbaine et agricole augmentent de manière considérable la quantité de sels nutritifs disponible pour le corail jusqu’à les rendre nocifs. Quant au réchauffement climatique, il entraîne une baisse drastique de ces composés dans la couche de surface des océans. Il est donc important d’étudier comment les changements dans la disponibilité en sels nutritifs impacte les capacités nutritonnelles du corail et de ses algues.
Dans ce travail, nous avons donc étudié l’effet d’une augmentation ou diminution de sels nutritifs dissous (azote et/ou phosphore) sur la physiologie du corail et des algues associées, notamment lors d’une augmentation de température de l’eau de mer. De plus, nous avons émis l’hypothèse que lorsque la disponibilité en sels nutritifs est très faible, les algues ne pourraient plus être en mesure de nourrir le corail. Or ce dernier pourrait tout de même survivre via la prédation du zooplancton. Nos résultats démontrent que l’absence de sels nutritifs dissous impacte fortement et doublement les processus nutritionnels et à terme la santé du corail.
Tout d’abord, sans sels nutritifs dissous, les algues associées au corail ne peuvent plus se développer et nourrir l’animal. Par conséquent, le corail blanchit, c’est à dire qu’il perd sa population d’algues au sein de ses tissus et se retrouve affaibli, notamment lors d’un stress de température. De plus, l’animal n’arrive plus à assimiler, ou digérer le zooplancton. Sans sels nutritifs dissous, le corail perd donc ses deux fonctions nutritionnelles, induisant à terme la mortalité de l’animal. Par contre, lorsque le milieu récifal contient une quantité minimale de sels nutritifs sous la forme d’ammonium (via l’excrétion des poissons), le corail digère mieux le zooplancton et résiste plus facilement à la hausse de la température de l’eau de mer.
Ces résultats montrent que le corail requiert un minimum de sels nutritifs dissous pour maintenir sa population d’algues et survivre aux changements environnementaux. Ces nutriments étant principalement fournis par les poissons récifaux, il est donc fondamental d’améliorer la gestion des stocks de poissons en diminuant la surexploitation de nos ressources marines afin d’améliorer la santé et survie du corail.

 

 


 

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